Jean-Pierre NICOLA nous a quitté

Jean-Pierre Nicola

Jean-Pierre Nicola est l’une des grandes figures de l’astrologie contemporaine. Il a réussi à imposer un nouveau courant, celui de l’astrologie conditionaliste. Une astrologie qui prend en compte l’environnement du consultant et qui s’appuie sur l’astronomie et les sciences humaines. J’ai été très proche de lui pendant une trentaine d’années de 1963 à 1993. Je lui dois beaucoup. Nous lui devons beaucoup.

Jean-Pierre a d’abord fait partie de la section « Psychologie » du Centre International d’Astrologie (CIA).  Ce groupe se réunit sous la houlette d’André Barbault tous les samedi 77 rue Mouffetard. On y discute de tout ce qui concerne l’astrologie mais tout particulièrement des liens entre l’astrologie et la caractérologie, la psychanalyse et les tempéraments. Jean Carteret, « l’âme » de ce groupe encourage Jean-Pierre à développer son approche, conseil qu’il s’est empressé de suivre. Jean-Pierre appréciait tout particulièrement ce grand poète né le 27 mars 1906 à 10h selon l’état-civil (à 9h40 d’après lui) dont le thème ressemblait à bien des égards à celui de Francine, sa mère  née 4 jours plus tôt  le 23 mars 1906 à 9h à Nice. A noter que ces deux thèmes et le thème de Jean-Pierre ont la dominante commune d’un trigone Saturne-Neptune (voir les thèmes ci-dessous).

Jean-Pierre ne voyageait pas beaucoup. Mais à 27 ans – Neptune est en sextile de lui-même – il fait un voyage dans le Hoggar et c’est inspiré par le ciel de Tamanrasset qu’il commence à écrire son premier livre  La Condition Solaire. Il eût du mal à trouver un éditeur : c’est seulement neuf ans plus tard sous le retour de son trigone natal Saturne Neptune qu’il réussit à le publier aux Editions Traditionnelles.  Ce livre révolutionnaire met non seulement en rapport les 24 types de Pavlov avec les douze signes du zodiaque mais il propose de nouvelles théories, notamment la Théorie des Ages et le R.E.T. (Représentation-Existence- Transcendance). Tout cela est maintenant bien connu.

 

Jean-Pierre s’est intéressé à tous les aspects de l’astrologie. Ce praticien de l’astrologie individuelle comme de l’astrologie mondiale avait l’humilité de me faire part de ses rares échecs prévisionnels ; c’est, me disait-il,  la compréhension de mes erreurs qui me permet d’améliorer mes interprétations.

 

1964 : Jean-Pierre est en train d’écrire son cours par correspondance où il développe non seulement les grandes règles de l’interprétation mais également la théorie des Ages, les cycles planétaires, les signes selon le zodiaque réflexologique. J’ai la chance avec Christine Saint-Pierre de suivre ce cours tout à fait novateur et de bénéficier lors des corrections des exercices de ses précieux conseils.

 

Jean-Pierre avait pour maître Ptolémée et Kepler. Il maîtrisait parfaitement l’astronomie. Et pour mieux comprendre – et faire comprendre – la dimension astronomique de l’astrologie, il avait fait réaliser une grande sphère armillaire par le père de l’astrologue humaniste  Jean-François Berry  qui était forgeron. Cette sphère – qu’il appelait « Coco » – permettait de visualiser le thème astrologique en trois dimensions, de comprendre ce qu’était les uns par rapport aux autres, les plans de l’horizon, du méridien, de l’écliptique et de l’équateur céleste. Nous pouvions par exemple nous rendre compte concrètement de ce qui  diffère lorsque l’on naît près de l’équateur ou  près du cercle polaire.

 

 

L’astrologie commence à s’informatiser à la fin des années 60. Jean-Pierre conçoit pour Astroflash une étude de caractère pour les enfants tout à fait remarquable. Il met au point une grille qui lui permet de repérer dans un thème les quatre planètes les plus importantes ainsi que le signe le plus fort. Il développe sur une cinquantaine de lignes les convergences et les antagonismes qui existent entre ces quatre planètes, le signe dominant étant interprété en fonction des caractéristiques de ce quatuor planétaire.  Je considère ces 210 portraits planétaires comme de véritables chefs d’œuvre qui mériteraient d’être publiés tant ils sont d’une justesse et d’une précision étonnante.

Il est également à l’origine de l’étude Révolution solaire qui  a largement contribué à la réussite d’Astroflash. La constitution de trois grilles très détaillées  (celles du natal, de la RS, du transit de la RS sur le Natal) permet d’analyser les multiples configurations en jeu, de les hiérarchiser et d’interpréter celles qui ont le plus d’importance de manière globale et dans six domaines particuliers.

 

Jean-Pierre pouvait avoir la dent dure,  ce qui était très utile quand il s’agissait de défendre l’astrologie. En 1972 Gerald Messadié publie « Le zodiaque a 24 signes ». C’est un ouvrage hostile à l’astrologie et qui s’efforce de la ridiculiser. L’auteur est invité à à la télévision pour parler de son livre en présence d’un astronome et d’un astrologue (en l’occurrence Monsieur X). C’est Jean-Pierre l’astrologue sans nom… Très vite Jean-Pierre prend la parole et interpelle l’auteur en lui assénant : Monsieur Gerald Messadié ou vous êtes un génie ou vous êtes un âne. Comme le précise La Connaissance des Temps – la bible des astronomes –  un signe comporte 30°, alors ou vous avez inventé le cercle avec 720° et là je dois m’incliner devant le génie, ou vous dites n’importe quoi et vous méritez le bonnet d’âne. Heureusement qu’il y avait un astronome pour prendre le relais car Gérald Messadié, pris à contrepied, n’osa plus du tout prendre la parole pendant tout le reste de l’émission, de peur sans doute d’être à nouveau ridiculisé…

 

C’est au sein du Centre d’Enseignement et de Formation à l’Astrologie (CEFA) que Jean-Pierre va commencer à diffuser ses idées. Tout un petit groupe – avec en tête Max Lejbowicz – va l’inciter à affirmer son courant et c’est ce qu’il va entreprendre à partir de 1974. Cela commence lors des Journées Internationales Astrologiques de Paris organisées fin septembre 1974 à l’hôtel Méridien par le CIA, Jacques Halbronn et  l’ISAR (International Society for Astrological Research) où Max Lejbowicz et moi-même aidons notre « maître » à défendre  les idées de l’astrologie conditionnelle (qui deviendra plus tard l’astrologie conditionaliste).

On peut tout à fait suivre le développement de ses idées au fil des articles publiés dans les Cahiers conditionalistes, la revue du COMAC (Centre d’Organisation des Méthodes d’Astrologie Conditionaliste).  27 numéros sont parus entre 1980 et 1998 (les multiples sujets traités sont détaillés sur le site

https://dsa.pagesperso-orange.fr/sommaires.html#27)

 

Françoise Hardy qui a suivi les cours du CEFA avait beaucoup d’estime pour Jean-Pierre. Elle lui propose au début des années 80  une collaboration à Radio Monte Carlo (RMC) dans le cadre de l’émission Les signes du destin. Un écrivain raconte la vie d’un personnage célèbre et de temps à autre Françoise Hardy intervient en lisant l’interprétation du thème de ce personnage rédigée par Jean-Pierre. Nous avons la trace de ces interprétations dans la série remarquable des douze signes du zodiaque publiée  aux Editions du Rocher/RMC. Cette collaboration s’est muée en une profonde amitié. La preuve : Jean-Pierre fut en mars 1981 le témoin de Françoise Hardy lors de son mariage avec Jacques Dutronc et si, je ne me trompe, Françoise Hardy fut la même année la témoin de Jean-Pierre lors de son mariage avec Yen.

 

Jean-Pierre a publié après l’Astrologie moderne parue au Seuil (1977) toute une série de livres aux Editions Tchou : d’abord Le grand Livre du Taureau (1979), puis Le grand Livre de l’Astrologue (1983), Pluton (1985), Neptune (1987) et en dernier lieu  Le grand livre des prévisions (1992).

 

Entre temps, en 1986,  il avait conçu et dirigé chez Albin Michel un des ouvrages qui, à mon avis, fera date dans l’Histoire de l’Astrologie : L’Astrologie Universelle. Françoise Hardy a aidé au succès de ce livre auquel ont collaboré Richard Pellard, Philippe Pinchon et Bernard Blanchet. On trouve notamment pour chaque signe six interprétations différentes en fonction des familles du RET. Je n’ai cessé depuis 1986 de conseiller à mes élèves  d’utiliser dans leurs interprétations ces 72 textes tout à fait novateurs et remarquablement rédigés.

 

Une anecdote qui montre la vérité de ce proverbe « Ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés ». J’avais invité Jean-Pierre à donner une conférence à l’ARRC en mai 1982. Jean-Pierre était passé maître dans la hiérarchisation des planètes et il accordait toute son importance à la planète qui venait en dernier, celle qui a le moins d’aspects (ou qui n’en a pas du tout).  Il l’appelait la planète aveugle. Elle représentait l’ombre, ce par quoi ou par qui nous sommes fascinés.  Sans arrière-pensée, je lui demande à la fin de la soirée : quelle est dans ton thème la planète aveugle ? Pas de réponse… Je lui suggère alors : ne serait-ce pas Uranus ? Et il a admet qu’il a un temps été  fasciné par l’uranien André Barbault et que maintenant il est sous le charme de l’uranienne Françoise Hardy.

 

Les astrologues ont pendant longtemps reproché à Jean-Pierre d’être « matérialiste ». C’était absolument faux.  Il en a donné la preuve lors du congrès Astrologie et Spiritualité  organisé par le COMAC et l’ARRC en 1992. Pendant deux jours une bonne quinzaine d’astrologues ont mis en commun leur approche sur la spiritualité de l’astrologie. Je me souviens tout particulièrement de la table ronde où, loin du cliché – les signes printaniers sont plus instinctifs tandis que les signes hivernaux plus spirituels -,  douze astrologues ont témoigné de la dimension spirituelle de chacun des douze signes du zodiaque. J’évoquai à la fin de ce congrès cette phrase que Jean-Pierre m’avait écrit dans une lettre reçue en 1965 : « Quand toutes les choses seront à leur place… peut-être verra-t-on la place essentielle de l’Etre ».

 

Ce n’est pas sans émotion que j’ai écrit toutes ces lignes. Jean-Pierre m’a encouragé dès mon adolescence à devenir astrologue. Il m’a apporté son aide en me formant, en corrigeant mes premières interprétations, me mettant ensuite le pied à l’étrier en me confiant des thèmes à interpréter, puis en m’incitant à donner des cours au CEFA comme à prononcer ma première conférence au congrès de l’hôtel Méridien. Je lui dois beaucoup.

Un grand merci pour ce que tu m’as apporté et ce que tu as apporté à la communauté astrologique.

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