De l’invention du ciel par les Grecs par Pascal Charvet

Conférence donnée au congrès Sep Hermès “La croix des signes fixes” 25-3-2000

De l’invention du ciel par les Grecs

               et des mythes assignés par eux aux quatre signes fixes

Pascal Charvet

 

Il y a quelque paradoxe à venir parler devant vous de l’invention du ciel par les Grecs, lorsque l’on sait que pour le bassin méditerranéen, les documents astronomiques ou astrologiques les plus anciens qui nous soient parvenus sont d’origine babylonienne, et remontent, pour le moins, à la fin du troisième millénaire avant notre ère. Mais nous maintiendrons ce titre un peu provocateur, en nous attachant à faire apparaître la profonde transformation que les Grecs ont opérée par rapport à l’héritage babylonien et, dans cette optique, nous traiterons plus particulièrement de cette période qui va du IVe au IIe siècle av. J. C., où le ciel et les figures stellaires se sont fixés une fois pour toutes dans notre monde occidental. Et, au sein de cette mise en forme harmonieuse du cosmos, mythologique et astronomique à la fois, nous observerons la fonction symbolique qui fut alors assignée aux quatre signes fondamentaux, les plus anciennement attestés, ceux que Ptolémée nommera les signes solides : le Taureau, le Scorpion, le Lion et le Verseau qui marquaient respectivement, près de quatre mille ans avant notre ère, les équinoxes du printemps et de l’automne et les solstices d’été et d’hiver. Nous limiterons cependant notre propos à ces grands archétypes originels, laissant à l’astrologue le soin d’en affiner la symbolique au travers des innombrables configurations des astres et des signes.

 

La double naissance de l’astronomie

 

On distingue généralement trois phases dans le développement de l’astronomie babylonienne : la première marquée par des tablettes du 18e-17e siècle, trouvées à Nippour, en Babylonie centrale, qui contiennent des noms d’étoiles et de constellations associés à des séries de nombres en progression arithmétique. Il en ressort que le ciel babylonien était alors divisé en trois zones elles mêmes subdivisées chacune en douze secteurs. La seconde (début du premier millénaire) correspond à la rédaction d’un texte dont l’incipit et le titre est Enuma Anu Enlil, recueil considérable de 70 tablettes consignant 7000 phénomènes astronomiques, conçus comme des messages envoyés par les dieux aux hommes -et surtout au roi. Ces tablettes, aboutissement d’une longue tradition d’observations, proposent une interprétation symbolique et une codification des différents accidents météorologiques et astronomiques. La dernière est celle des tablettes Mul APIN qui offrent une liste des constellations, certaines en partie décrites, et toutes étant assignées à une divinité.

En raison de l’ancienneté des documents conservés, on tend à considérer l’astronomie comme une « invention » mésopotamienne dont les Grecs auraient été les héritiers. Si la dette des premiers savants grecs, d’ailleurs généralement d’origine asiatique, à l’égard des « Chaldéens » est indubitable et considérable, il convient cependant de la relativiser. En effet, l’astronomie mésopotamienne est plutôt descriptive, et faite de compilations d’observations (coïncidence et périodicité de certains phénomènes), et de listes de données (longueur relative des jours au cours de l’année, position variable des étoiles, etc.).

Les savants grecs vont opérer une véritable rupture épistémologique avec cette tradition. Tandis que les Babyloniens décrivaient, les Grecs vont chercher à expliquer ; là où les premiers notaient des positions, les seconds vont formaliser des mouvements. Par la spéculation, et en partant d’hypothèses théoriques, les premiers physiciens grecs vont exploiter, comme un capital d’archives, le savoir mésopotamien, pour découvrir des lois et des structures. Ce changement de cap épistémologique se traduit, entre autres, par le fait que la science de base de l’enquête astronomique, et pour ainsi dire la langue à travers laquelle cette enquête s’exprime, n’est plus l’algèbre (comme c’était le cas pour les Babyloniens) mais la géométrie.

 

La mise en forme du cosmos

 

Alors que les Babyloniens s’intéressaient principalement à la Lune dans tous ses états et à la météorologie, les problématiques astronomiques des Grecs touchent essentiellement à la nature des cycles et des mouvements des corps célestes : ils tâchent de comprendre le mouvement complexe des planètes (et l’origine et le mécanisme des éclipses), de fixer précisément les levers et les couchers d’étoiles, et de déterminer la durée exacte de l’année solaire par rapport aux cycles lunaires.

Les phénomènes astronomiques présentent de nombreuses irrégularités apparentes. Ainsi il semble que les planètes se déplacent de façon non uniforme et non linéaire le long de l’écliptique, apparaissant, d’une nuit l’autre, tantôt à l’Ouest, tantôt à l’Est de leur position précédente[1] ; de même, la durée des saisons n’est pas égale, ce qui signifie que la course du soleil semble ne pas avoir la même vitesse d’un solstice à l’autre. Les Grecs, plutôt que d’enregistrer ces dérives, firent l’hypothèse que l’ensemble du cosmos devait répondre à des lois immuables d’une parfaite régularité.

Renversant la perspective, c’est en partant de cette exigence de perfection cosmique qu’ils tentèrent, par des théories souvent complexes, de rendre compte du désordre apparent du ciel, autrement dit, pour reprendre la formule platonicienne, de “ sauver les apparences ”, en trouvant un modèle géométrique permettant de (re-trouver) une périodicité et une régularité parfaite, “ malgré les apparences ”, aux phénomènes astronomiques. L’ambiguïté même de l’expression est révélatrice de cette démarche, puisqu’en fait il s’agit de confirmer coûte que coûte l’hypothèse de perfection, et donc autant de justifier les apparences concrètes, que de valider le principe théorique. Platon exprime nettement cette conception de la science astronomique comme celle d’une science pure : “ c’est en faisant usage de problèmes, comme en géométrie que nous étudierons l’astronomie elle-même ”[2].

Ainsi, la représentation par les Grecs de tous les corps célestes et de l’univers entier sous la forme de sphères n’est nullement le résultat d’une observation ou d’une apparence, mais le postulat intellectuel et abstrait d’une astronomie idéale. Cette conception allait d’ailleurs à l’encontre d’une perception empirique de la terre comme un plan incliné. La figure parfaite étant la sphère, et le mouvement parfait, le mouvement circulaire et uniforme, cette forme et ce mouvement se sont logiquement imposés comme les modèles façonnant la représentation scientifique du monde et du ciel.

L’hypothèse de la sphère qui remonte aux savants milésiens (Thalès et Anaximandre) est systématiquement développée par Eudoxe de Cnide (IVe, s. av. J. C.) premier astronome à en proposer une théorie appliquée. Ce compagnon de Platon explique ainsi les déplacements de chaque planète par la combinaison des mouvements circulaires simples de quatre sphères concentriques. Et ce concept de sphère céleste, comme enveloppe dernière du monde visible, va constituer le cadre de référence cosmologique de la presque totalité des systèmes astronomiques jusqu’à Copernic[3]. D’autres après lui (en particulier Aristote et Ptolémée) proposeront des modèles théoriques similaires pour rendre compte des mouvements planétaires et conformer les phénomènes à l’hypothèse de perfection et de régularité.

 

Le père de notre ciel

 

Le père de notre ciel peuplé des figures des constellations que nous contemplons aujourd’hui est ce même Eudoxe de Cnide (408-335 av. J.C.) que nous venons d’évoquer. Ce savant est en effet le premier à décrire en détail les étoiles et les constellations dans deux volumes : les Phénomènes et le Miroir ; et il est sans doute aussi le premier à les avoir placées sur un globe céleste. Son œuvre, qui est adaptée en vers par Aratos (l’auteur des Phénomènes), nous décrit pour ainsi dire l’état actuel de notre ciel, fixant de manière quasi définitive, comme le prouve la tradition, le nombre, la forme, le nom, et la place des 48 constellations visibles dans l’hémisphère boréal. C’est lui, nous dit Aratos, qui accomplit la tâche nécessaire, d’organiser les étoiles en figures : “ Ces figures ont été conçues par un homme d’une génération disparue ; et il décida de donner à toutes un nom particulier avec une forme bien définie ; car il n’aurait pu dire ni connaître le nom de toutes les étoiles, si elles étaient restées isolées et séparées. Il y en a trop partout ; beaucoup d’entre elles sont de taille et de couleur égale, et toutes accomplissent leur révolution ; aussi lui a-t-il semblé raisonnable de réunir les étoiles en des groupes tels que les lignes qui les rejoignent formassent des figures ; c’est alors que les constellations reçurent leur nom, et désormais le lever d’une étoile n’a plus rien d’inattendu ”[4]

Mais ce mode de description des étoiles, toujours à l’intérieur du champ des constellations, ne permet de localiser les étoiles dans le ciel que si l’on connaît parfaitement les personnages célestes, leurs contours et leur disposition les uns par rapport aux autres. Aussi la connaissance des constellations était elle enseignée dans les écoles et les maîtres avaient-ils souvent à leur disposition des globes célestes pour s’aider dans leur tâche.

De fait, la représentation du ciel a été faite sur des globes bien avant que l’on ait conçu des globes terrestres. Eudoxe en utilisait sûrement un, mais certains font remonter son invention très tôt, peut-être à Anaximandre (d’après Diogène-Laërce, IIème ap. J.C.). L’éminent géographe Flammarion attribue même sa découverte au centaure Chiron, à l’époque de la guerre de Troie ! et Newton à Musée, héros mythique de l’expédition des Argonautes !! Sur ces globes célestes étaient représentés les cercles fondamentaux de la sphère céleste et souvent les dessins des constellations ; et dans les recommandations que donne Ptolémée à ceux qui souhaitent construire un globe céleste à partir de son catalogue d’étoiles, il conseille en particulier de choisir “ de préférence la couleur jaune ou tout autre couleur distinctive qui soit en harmonie avec l’éclat et la grandeur des étoiles ”. Le globe céleste représentait ainsi le ciel étoilé vu non pas de la terre, c’est-à-dire de l’intérieur, mais de l’extérieur, c’est-à-dire comme “ d’au-dessus ”. Bien que certains savants de l’époque aient pressenti que toutes les étoiles n’étaient pas à la même distance de la terre, ils les plaçaient sur une même sphère par commodité pour le raisonnement.

La création du “ globe ” est en fait le prolongement technologique de la théorie sphérique, et il constitue la représentation concrète du modèle abstrait qu’est la sphère céleste. L’invention de cet outil original montre bien la cohérence et la fécondité de la représentation grecque du monde et de l’hypothèse sphérique.

Les personnages célestes ne constituent pas, quant à eux, une simple décoration, fruit de la fantaisie humaine, mais des instruments de connaissance du ciel qui introduisent à une sémantique mythologique indissociable du discours astronomique et astrologique, et il est important de bien saisir le statut particulier de la figure constellaire qui est d’être à la fois un objet astronomique, un outil scientifique, et un symbole culturel.

 

Ce fut l’œuvre du savant Ératosthène que de proposer, à la suite d’Eudoxe, une synthèse de ces trois aspects dans un seul et même ouvrage, les Catastérismes, ouvrage qui devint en quelque sorte le manuel de mythologie astronomique que tout homme de l’antiquité un peu cultivé possédait.

Ératosthène, né vers 280 à Cyrène, une des plus prestigieuses colonies grecques de la côte africaine, et mort vers 198 à Alexandrie, la capitale culturelle de la Grèce, dont il fut un des esprits les plus lumineux, a été à la fois poète, critique littéraire et directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, mais aussi philosophe, mais encore géomètre, historien, mathématicien, et bien sûr astronome ; il fut, comme on aimait à le nommer, un véritable « athlète du savoir ». Auteur d’une chronologie universelle de la guerre de Troie à la mort d’Alexandre et d’une carte de la “ Terre habitée ”, premier homme à calculer avec exactitude la circonférence du globe terrestre, destinataire du testament d’Archimède, et inventeur du fameux et inusable “ crible ” qui permet de trouver les nombres premiers, les titres de gloire de celui que ses contemporains appelèrent “ Platon le Jeune ” sont tels qu’on ne saurait prendre son ouvrage à la légère.

Par l’étendue de sa curiosité, la diversité de ses recherches, et les dimensions de son œuvre, en majeure partie perdue, il semble avoir visé, dans un constant souci d’encyclopédisme, une synthèse du savoir de son époque, comme le fit, un siècle avant lui, Aristote. L’ordre du ciel ne pouvait rêver meilleur observateur et commentateur que cet homme qui tout au long de sa vie calcula, mesura, arpenta, comme pour prouver, dans la réalité physique comme dans les œuvres humaines, l’équilibre, les justes proportions et la cohérence du monde.

Son ouvrage Les Catastérismes, qui nous est parvenu sous une forme abrégée se compose de 42 notices consacrées chacune à une constellation, et de deux notices traitant respectivement des 5 planètes connues des Grecs (sans compter la Lune et le Soleil) et de la Voie lactée. Ératosthène, triant parmi l’héritage ancien, propose systématiquement un récit ou une référence mythologique pour chaque constellation, et arrête le nom définitif des figures projetées au ciel ainsi que les mythes qui leur sont attachés ; par ailleurs il dénombre les étoiles de chacune des constellations et fait une description de la figure en précisant la position de chaque étoile. Les Catastérismes mettaient ainsi à la portée de chacun des repères élémentaires, offrant comme l’acte de naissance des figures à travers lesquelles, encore aujourd’hui, nous voyons le ciel.

 

 

La catastérisation

 

 Avant d’être reproduites sur un globe, ces figures ont d’abord été, à l’origine, “ projetées ” sur la toile de fond céleste dans une opération qui constitue une véritable “ écriture ” ; c’est d’ailleurs le terme employé par les Babyloniens pour désigner les configurations astrales. Les Grecs l’expriment par le verbe “ catastériser ” qui signifie le placement au ciel d’un être vivant, d’un objet, voire d’un fleuve ou d’un pays sous la forme d’un groupement d’étoiles.

Il s’agit, dans tous les cas, d’une improvisation formelle et sémantique, car les images ne s’imposent pas d’elles-mêmes et, mis à part quelques astérismes comme le Delta, la Couronne ou la Flèche, elles ne sont pas conditionnées objectivement par la forme de la constellation. “ Quelle ressemblance sept étoiles séparées les unes des autres ont-elles avec une ourse, écrit justement Sextus Empiricus (IIe s. ap. J.C.), ou les cinq étoiles (de la tête du Dragon) avec la tête d’un dragon ” (Contre les professeurs, 5, 97-98).

Certaines de ces constellations sont d’origine babylonienne, qu’elles soient littéralement empruntées (comme c’est sans doute le cas du Verseau), ou adaptées, comme pour Persée qui occupe la place et reprend la forme du Vieil Homme, fantôme ancestral du Maître des dieux dans l’uranographie (écriture du ciel) mésopotamienne. Héritées pour certaines, inventées pour d’autres, les constellations grecques sont, dans tous les cas, parfaitement intégrées au ciel grec et acclimatées, culturellement, à la civilisation grecque. Notre ciel est donc, tout comme notre inconscient, habité par des images et des fantasmes spécifiquement grecs. Et la symbolique des constellations est au cœur même du champ astronomique et astrologique occidental.

Aussi, c’est en prenant d’abord en compte ce symbolisme tel qu’il se lit dans l’ordonnancement général des mythes assignés par Ératosthène aux constellations que nous nous efforcerons de définir ensuite la place, le rôle et la fonction des quatre signes fondamentaux qui retiennent aujourd’hui notre attention.

Zeus ou l’illumination du ciel

La scénographie du ciel grec traduit clairement une volonté d’inscrire dans l’horizon du cosmos les conflits divins fondamentaux en particulier à travers la victoire de Zeus divinité diurne[5],dont le nom signifie Lumière du Jour, sur les puissances archaïques de la nuit représentées au ciel en particulier par Artémis-Séléné. Par la catastérisation, dont il est le principal artisan, Zeus s’approprie un monde qui n’est pas immédiatement le sien et fait apparaître les étoiles comme des complices du jour et du soleil, plutôt que des compagnes de la Lune, souvent assimilée à Artémis.

Il est d’ailleurs significatif qu’un grand nombre des constellations soit directement liées à l’établissement progressif de l’empire de Zeus et à sa victoire sur les fils d’Ouranos (le Ciel). Ainsi l’Aigle dont la constellation se lève vers le solstice d’été et parcourt le centre de la voûte céleste.  Aglaosthène raconte, dans ses Naxica, que « Zeus, à sa naissance en Crète, comme il était impitoyablement traqué […] fut transporté à Naxos ; lorsqu’il eut achevé sa croissance et qu’il eut atteint l’âge adulte, il s’empara de la royauté divine. Lorsqu’à Naxos il leva le camp pour aller combattre les Titans, un aigle apparut, qui fit route avec lui. Zeus y vit un présage et fit de cet oiseau son oiseau sacré, et c’est pourquoi il fut jugé digne d’avoir l’honneur de figurer dans le ciel ”[6] Mais font partie aussi de la geste de Zeus, des constellations comme le Capricorne, la Grande Ourse, le Cygne le Taureau, l’Autel.

En effet, même si un grand nombre des divinités du panthéon classique (Artémis, Athéna, Héra, Apollon, Dionysos) ont le don de catastériser, deux dieux se distinguent par leur rôle majeur dans cette fabrication du ciel : Zeus, le principal auteur de cette représentation, et qui est à l’origine des trois-quarts des catastérismes, et Hermès qui met en scène l’ensemble du ciel nocturne et “ qui organisa la disposition des constellations entre elles ” (Eratosthène, notice 20), signant même son œuvre avec l’initiale de son père (“ Zeus ”, ou “ Dia ”), en plaçant au ciel un Delta, D. Chez Eratosthène, c’est à Hermès que revient l’honneur d’ordonner le système céleste, rôle qui est à comprendre à l’intérieur de la culture alexandrine du savant, dans laquelle Hermès est couramment assimilé à Toth (Teuth), dieu égyptien des sciences. Hermès hérite en effet d’un des attributs de Toth, dans un scénario où la répartition des tâches entre les deux dieux démiurgiques fait penser au couple grec Zeus/Hermès : “ Ptah a créé tout ce qui existe et Toth a transcrit le ciel avec ses constellations ”.[7]

Zeus, le fécond roi des dieux, après avoir débroussaillé les ombres artémisiennes, confie au dieu géomètre le soin de trouver à chaque figure (comme la Grande Ourse par exemple), arrachée au pouvoir d’Artémis-Séléné et rendue au parti de la lumière, une place expressive dans le ciel. Le choix, comme agents de la catastérisation, de ces divinités de l’ordre s’accorde avec la sémantique réfléchie et cohérente des figures qui sont organisées en système d’images. Mais la mise en place de ces nouveaux réseaux  dans le ciel ne se fait pas sans résistance ; nos quatre signes, les plus anciens du Zodiaque, dans leur illustration mythologique attestent de la présence toujours vivace de l’antique Artémis-Séléné.

 

La cohérence constellaire

 

Le choix des figures mythiques “ constellées ”, qui sont pour la plupart comprises dans des ensembles mythologiques d’une certaine ampleur manifeste, à sa manière, une foi constante dans l’harmonie de ce que les Grecs appelaient le cosmos, autrement dit l’univers conçu à la fois comme une œuvre belle et organisée, et comme un principe actif d’ordre et de beauté. La cohérence mythico-astronomique du ciel grec se manifeste aussi dans le fait que la symbolique des constellations suit également la logique de la sphère : L’axe, la circonférence, et le mouvement théorique de la sphère sont traduits au ciel dans et par des images.

La stabilité du pôle reposait sur la tête et les épaules d’Atlas et la façon dont Héraclès s’empara des pommes d’or du jardin des Hespérides près duquel se trouvait Atlas, à l’extrême occident, en est aussi un témoignage révélateur. Héraclès demanda à Atlas de cueillir trois pommes pour lui, pendant qu’il porterait une heure le globe à sa place. Atlas n’hésita que pour la peur que lui inspirait Ladon, le serpent gardien, veilleur infatigable qui enroulait ses spires autour du tronc de l’arbre aux pommes d’or. ‘Héraclès le tua alors. De retour avec les trois pommes, Atlas ne souhaita plus reprendre la charge du globe. Héraclès, plutôt que de bouleverser la nature en le déposant, afin de retrouver sa liberté, usa d’une ruse: il pria Atlas de lui tenir le globe l’espace d’un instant, tandis qu’il mettrait un coussin sur sa tête.

Cet acte, à sa manière, symbolise la nécessaire stabilité du pôle. Et le mythe d’Atlas renvoie bien à une certaine image de la sphère céleste : Atlas porte le ciel sur sa tête et sur ses épaules où s’amorce la rotation du pôle . À sa mort le serpent dragon fut placé par Héra entre la Grande et la Petite Ourse, en un endroit où il marquait les deux pôles : le pôle nord écliptique (au milieu de ses replis) et le pôle nord équatorial (proche en 2800 av. J.C. de l’étoile a  Draconis). Placé au ciel, ce gardien redoutable entoure ainsi de ses replis le pôle nord comme il entourait jadis l’arbre du jardin du Soir, métaphore de l’axe du monde, surveillé ou jalousé par les Hespérides, filles d’Atlas, le Cosmophore (Porteur du monde). Et ce serpent gardien de la stabilité menacée du monde fut mis au ciel, la tête sous le pied gauche du héros qui l’a vaincu et qui maintenant le surveille. Héraclès est au Dragon ce que le Gardien de l’Ourse (Le Bouvier) est à la Grande Ourse, autre gardienne du pôle. Les deux figures humaines veillent sur les bêtes, redoublant la garde. Cette forme de double verrouillage du pôle, témoigne de ce souci fondamental de garantir la stabilité de l’axe de rotation de la sphère céleste autour duquel semblent tourner toutes les étoiles.

C’est donc à partir de cette cohérence constellaire et de ce nouveau partage du ciel entre Artémis- Séléné et Zeus que nous allons essayer de dégager la symbolique des quatre signes fixes.

Le Scorpion, le Lion et le Taureau, tous trois symboles de force et de puissance sont les plus anciens signes du zodiaque (remontant vraisemblablement à 3200 av. J. C.) et sont apparemment d’origine babylonienne. Avec le Verseau, ces signes renfermaient les quatre points solsticiaux et équinoxiaux entre 4400 et 2200 av. J. C.

Lorsque, plus de trois mille ans plus tard, Ptolémée déterminera et fixera les signes du Zodiaque, ces quatre signes fixes, compte tenu du décalage dû à la précession des équinoxes, ne marquaient plus, il est vrai, les solstices et les équinoxes, mais, décalés chacun d’un signe, ils les suivaient, tout en en faisant ressentir, comme le note Ptolémée dans sa Tétrabible, les effets avec plus de pouvoir et de vigueur : « Les signes solides suivent les signes solsticiaux et équinoxiaux, et sont : le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau, car, lorsque le Soleil est en eux, l’humidité, la chaleur, la sécheresse et le froid des saisons, qui commencent dans les signes précédents, nous touchent plus fermement ; non que les conditions du temps soit par nature plus intempérées à ce moment là, mais parce qu’ayant été alors longtemps exposés à elles, nous en ressentons de manière plus sensible les pouvoirs »[8]

 

 

L’axe Taureau – Scorpion

 

Le Taureau était pour les Sumériens, au troisième millénaire, une constellation reine, celle du Taureau du ciel (GUD. AN. NA.) qui marquait l’équinoxe de printemps et le début de l’année nouvelle. On retrouve, dans les tablettes MUL.APIN des Babyloniens, parmi les étoiles d’Anu, le dieu-ciel, cette appelation de Taureau du Ciel à côté de celle d’is-li-e, “la mâchoire du taureau”, qui désigne pour nous notre Aldébaran. Ce dut être vraisemblablement entre le IXe et VIIe siècle avant notre ère que les Grecs empruntèrent cette constellation aux Babyloniens, car elle était connue de Phérécyde dès le VIe siècle. À l’origine, chez les Sumériens, le Taureau fut représenté dans son entier, mais chez les Grecs, au temps d’Aratos, seul le devant de l’animal était figuré et la bête était dépeinte avec la tête rentrée vers le corps. Quant à sa partie arrière, elle était devenue depuis longtemps la constellation du Bélier, créée pour marquer, à la suite du décalage dû à la précession des équinoxes, la course du soleil au printemps dans ce nouveau signe.

Mais quelle qu’ait été l’importance du décalage progressif de la précession, le Taureau est demeuré pour longtemps le symbole du printemps et de l’ascension du Soleil dans ce signe. La première légende évoquée par Ératosthène[9] est un ancien mythe crétois. Zeus vit Europe fille du roi Agénor de Tyr en Phénicie, alors qu’elle jouait sur la plage de cette ville. Prenant la forme d’un taureau à l’éclatante blancheur, il l’amena à s’asseoir sur son dos puis la conduisit à la nage jusqu’en Crète où dans un bois de saules il la posséda sous la forme d’un aigle; elle donna ensuite naissance à trois fils dont Minos, le père d’Ariane.

Europe, identifiée à une déesse crétoise de la fécondité, dont le principe femelle était fécondé par le principe mâle représenté par une double hache et une tête de Taureau, était l’objet d’un culte en Crète. Europe dont le nom signifie “large visage”, synonyme de “pleine lune” et épithète souvent donné à Sélénè et à des déesses grecques assimilées à la Lune comme Hécate ou Artémis, était d’ailleurs une des personnifications de la Lune. Ce fut au matin que Zeus, taureau solaire, l’enleva pour la violer, et cette union métaphorise en quelque sorte l’étreinte cosmique des astres du jour et de la nuit et manifeste la domination de l’Éros solaire et le triomphe de la lumière sur l’obscurité.

À l’autre extrémité de l’axe, la constellation du Scorpion, d’origine babylonienne et déjà bien connue avant que le zodiaque ne soit partagé en douze secteurs, occupait un immense espace sous le Serpentaire entre la Vierge et le Sagittaire. Aussi les Pinces de la bête furent-elles séparées de son corps et tenues pour un groupement d’étoiles indépendant, comme l’indique pour la première fois Ératosthène. Lorsque le zodiaque fut divisé en douze signes (sans doute au VIe siècle av. J. C.), les Pinces formèrent le septième signe et le Scorpion le huitième, si l’on compte à partir du Bélier.

Bien que le Scorpion fasse partie du zodiaque, le soleil ne passe qu’une dizaine de jours dans la constellation. C’est à ce moment de l’année que commencent les jours sombres de l’hiver et qu’a lieu le coucher cosmique, autrement dit la mort d’Orion, autre figure emblématique de l’Éros solaire, piqué par le Scorpion qu’Artémis envoie contre celui qui a voulu la violer. Cette “mort” de l’Orion de novembre, victime de la Vierge chasseresse Artémis est un cas patent de mythologie stellaire. Orion, le chasseur incapable de mettre un frein à ses désirs, se levant à la fin juin et accompagnant le Soleil au cours de l’été, a poursuivi les Pléiades dans leur course vers le couchant pour tenter de les violer aussi. Mais soumis à la loi de la féminité virginale d’Artémis, Orion disparaît en novembre à l’ouest sous l’horizon, au moment même où le Scorpion surgit à l’est. La “bête de l’ombre” a triomphé momentanément d’Éros et d’Orion, symboles solaires de la vie. Et le Taureau céleste, symbole solaire aussi, connaît un sort proche de celui d’Orion ; c’est ainsi qu’à l’époque romaine on voit représenter dans le culte mithraïque le Scorpion piquant les parties génitales du Taureau céleste sacrifié.

De fait le Taureau et Orion sont, l’un de façon métaphorique, l’autre de manière plus immédiate, l’expression symbolique du Soleil pénétrant dans le signe du Scorpion et entamant la dure bataille de l’hiver: celle des forces du lumineux Éros contre celles de Thanatos l’obscur. De fait, lorsque le Scorpion se lève à l’est, Orion et le Taureau se couchent à l’ouest. Cette lutte primitive ne prenait fin lors des temps plus anciens qu’à l’équinoxe de printemps avec l’ascension triomphale du Soleil dans le signe du Taureau.

 

Mais Ératosthène, dans la notice consacrée au Taureau, propose une autre interprétation qui fait du Taureau, la vache Io. Avec cette version, l’axe Taureau-Scorpion se charge d’une valeur symbolique différente. Io, descendante du fils d’Océan, Inachos, fut aussi aimée de Zeus, qui pour la soustraire à la jalousie de son épouse  Héra, la métamorphosa en une génisse d’une merveilleuse blancheur. Les errances de Io commencèrent et, après de longues tribulations, elle finit par arriver en Égypte où elle reprit sa forme primitive; là, touchée par la main de Zeus, elle mit au monde un fils : Épaphos « Né du toucher ».  Elle fut ensuite honorée en Égypte sous la forme d’Isis et son fils identifié au taureau Apis. On souligne, chez plusieurs mythographes, que Io était le nom sous lequel on vénérait la Lune à Argos et qu’Inachos appela sa fille du nom de Io en l’honneur de la Lune. Ce second mythe délaisse donc la symbolique du taureau, mâle solaire, et donne à voir au ciel son envers : le principe féminin de la Vache-Lune, déesse-mère. Cette Vache-Lune du printemps et ce Scorpion de l’automne, semblent bien évoquer le double visage d’Artémis-Séléné qui assure, certes par le bon vouloir de Zeus le nouveau maître des dieux, sa maîtrise sur ces deux temps forts de l’année. Artémis-Séléné est en effet la déesse aux deux visages : déesse protectrice des femmes en couches, elle apporte la fertilité aux humains et aux animaux et prend en charge tous les petits, mâles ou femelles, qu’elle conduit de l’embryon jusqu’à la maturité ;  mais elle est aussi la déesse des marges, des bois et de l’ombre, chasseresse impitoyable, celle aux aspects ambivalents et redoutés qu’on invoque ainsi dans une prière à Artémis des Papyri Grecs Magiques[10] :

« Ici, viens à moi, face cornue, porteuse de lumière, à la forme de taureau, déesse à la face de cheval, hurlant comme les chiens, viens ici, louve,

et arrive maintenant, sombre, chtonienne, sainte, habillée de noir.

Autour de toi tourne la nature de l’univers habité par les étoiles,

chaque fois que trop pleinement tu t’accrois. Tu as établi toutes les choses

de l’univers car tu as engendré tout ce qui est sur terre et vient de la mer

et tour à tour chaque race des oiseaux cherchant leurs nids,

ô mère du tout, toi qui as enfanté Éros et Aphrodite,,

porteuse de flambeau, lumineuse et éclatante, ô Artémis Séléné ! »

Maîtresse du printemps et de l’automne, Artémis-Séléné, sous le double attribut de la Vache et du Scorpion, et en accord avec Zeus, assure l’harmonie du cosmos. Ni seule fécondité ni seule sauvagerie, la déesse incarne ici l’équilibre et la frontière entre l’obscurité et la lumière, entre le sauvage et le civilisé.

 

L’uranographie (écriture céleste) grecque offre de nombreux autres exemples où le mythe est non seulement concordant avec le mouvement des constellations et leurs rapports entre eux, mais semble même parfois avoir été généré par les trajectoires relatives des constellations. Le ciel des constellations ne doit donc pas être considéré comme un immense théâtre où se joueraient, sur des tréteaux multiples des drames isolés et obscurs. Les figures sont au contraire entre elles dans des rapports de complicité qui se manifestent, comme on l’a vu, à plusieurs niveaux et s’organisent dans une sorte de syntaxe astrale, qu’illustre aussi, à sa manière, l’axe du Lion et du Verseau dont les signes marquèrent longtemps les deux solstices.

 

L’axe Lion -Verseau

 

À l’est du Crabe, s’étend Le Lion, qui marquait chez les Sumériens le solstice d’été, et vraisemblablement cette correspondance entre la constellation et le solstice fut déterminante dans l’attribution au Lion stellaire de la symbolique royale propre à l’animal. Les Égyptiens voyaient là également un lion depuis le Nouvel Empire. Plus tard, le Lion, en raison du décalage dû à la précession des équinoxes ne marqua plus le solstice d’été, mais comme le souligne Aratos (Phénomènes), « le plus fort de l’été “, l’entrée du Soleil dans le signe se faisant au moment où “déjà les champs sont vidés de leurs épis“. C’est aussi l’époque “où les vents Étésiens en mugissant s’abattent en rafales redoublées sur la vaste étendue des mers” (149-154). Le Lion apparaît bien ainsi, à cette époque classique, comme le mâle caniculaire, roi puissant et redoutable, au pouvoir destructeur. Paradoxalement ce lion stellaire et royal, victorieux en été des autres signes, est figuré chez Ératosthène[11], comme dans toute la littérature mythographique grecque, par le Lion de Némée, un lion étouffé et vaincu par Héraclès lors de son premier travail.

Le lion de Némée, monstre primitif, fait partie de la descendance de Phorkys et de Kétô, dont le nom signifie “monstre marin”. Héra l’éleva nous dit la légende dans les vallons de Némée, c’est-à-dire entre le mont Apésas visible au loin depuis Argos et la montagne Trète plus au sud (Hés., Thé. v.326-332). Mais d’après Épiménide (fr. 2 Diels-Kranz, I,) et d’autres auteurs, le lion se serait trouvé à l’origine sur la lune et aurait été précipité par Héra sur la terre, afin qu’il affronte Héraclès. Or l’affinité d’Héra avec le lion est claire : aux pieds de la Héra de Samos se trouvait une peau de ce fauve et Héra fut souvent assimilée à l’antique mère des dieux, maîtresse des bêtes sauvages, représentée “sur son char tiré par des lions tueurs de taureaux”. Par cette assimilation, elle se voit rapprochée d’Artémis-Séléné, qualifiée également de “maîtresse des fauves” (Potnia thérôn). À l’intérieur de ce contexte mythologique, il est possible de voir dans le Lion de Némée, un lion zodiacal, incarnant la furie dévastatrice du Soleil, précipité sur terre à la demande d’Héra par la Lune, antithèse du Soleil. Héraclès, terrassant, lors de son premier travail, ce Lion d’origine stellaire, se serait ainsi vu par la suite attribuer la conquête symbolique des autres signes du Zodiaque et ainsi assimiler au Soleil comme on peut le lire dans les prières orphiques[12]. Héraclès, en étouffant ce lion zodiacal, soulage les hommes d’une menace redoutable. Mais cette victoire sur le Lion stellaire, qui, aspirant à gouverner le temps et l’espace, veut affirmer sa prééminence sur le printemps et sur l’automne, est aussi une victoire purificatrice. La peau du Lion tué, portée par Héraclès, symbolise le triomphe sur l’appétit de domination destructrice. On serait tenté de dire que la figure de ce Lion étouffé par cet Héraclès solaire manifeste également le triomphe d’un héros purifié et libéré lui-même de ses pulsions et de ses dérèglements dévastateurs.

Face à ce feu destructeur mais purificateur, à l’autre extrémité de l’axe,  se trouve le signe du Verseau qui suit le solstice d’hiver.  Cette constellation zodiacale qui jouxte les Poissons est liée à l’eau dans de nombreuses civilisations en particulier en Egypte et à Babylone. L’image initiale semble avoir été celle d’un flot d’eau, qui descend jusqu’au Poisson austral. Cette partie est la plus visible de la constellation. Le personnage qui tient l’amphore aurait sans doute été ajouté ultérieurement. L’appellation de Verseau (littéralement : Verseur d’eau) n’est d’ailleurs attestée que depuis Eudoxe.

Le liquide illustré par les étoiles est assimilé successivement chez Ératosthène à de l’eau, du vin et du nectar, preuve d’une hésitation dans l’identification du personnage. La version privilégiée par Ératosthène fait du Verseur de vin, (boisson humaine) ou de nectar (boisson divine) Ganymède, un Troyen, fils de Trôs et de Callirhoé (Beau flux), qu’Homère évoque en ces termes : “… Ganymède, qu’on eût pris pour un dieu, le plus beau des mortels. Sa beauté justement fut cause que les dieux l’emmenèrent au ciel, pour qu’il servît à Zeus d’échanson, et vécût parmi les Bienheureux ” (Iliade, 20, 232-235). Hygin, plus tardivement, dans son De Astronomia, moins critique et tout en mentionnant la version retenue par Ératosthène, donne plus de détails : le Verseur d’eau serait Deucalion, le fils de Prométhée, qui fut avec sa femme Pyrrha, la fille d’Epiméthée, le seul homme à survivre au grand déluge qu’envoya Zeus sur Terre pour anéantir les hommes de l’âge de bronze au comportement pervers ; Deucalion et Pyrrha errèrent sur les flots pendant neuf jours et neuf nuits sur une arche. Ce personnage de Deucalion n’est pas sans rappeler la figure babylonienne du Verseau : Gu-la, le Magnifique, divinité masculine, qui exprimait précisément le pouvoir destructeur et purificateur de l’eau. Aux deux pôles que représentent respectivement les signes du Lion et du Verseau prévaut donc la loi de la régulation et de l’harmonie purificatrices.

 

La valeur exemplaire de l’image

 

Ainsi, outre sa capacité à animer la mécanique stellaire, la mythologie à livre ouvert du ciel nocturne suggère un enseignement voire une sagesse caractéristique de la Grèce. À travers les grands mythes qu’elle met en scène elle insiste sur le danger pour l’homme de “ l’hubris ”, la transgression des limites, offrant au contraire en modèle des symboles de pacification et de contrôle de soi, l’ordre parfait du cosmos illustrant la victoire de l’ingéniosité et de la mesure sur les forces chaotiques de l’excès.

La constellation est le mémorial nocturne d’une sagesse diurne, de la lumière et de la lucidité : “Pour épargner aux cœurs la déchéance d’une longue torpeur, pour que l’intelligence, oublieuse des origines de l’univers, n’en vînt pas à ne concevoir que des pensers vils, sans jamais s’élever aux principes de la source éternelle, dont, à la manière d’un fleuve aux flots rapides que presse l’impatiente nature, l’écoulement continu fait jaillir les âmes qui vont descendre dans nos corps et sont liées dans l’éther en série continue, c’est lui [Zeus] qui, pour la première fois, a pointé vers les astres la baguette du vieillard de Cnide [Eudoxe] et instruit un mortel à parler de la voûte céleste, apanage des dieux ” (Avienus, 46-60). Le ciel apparaît ainsi comme un bréviaire mythologique, dans lequel les hommes sont invités à venir admirer quotidiennement des légendes qui, par le cosmos céleste, les invite à instaurer entre eux un cosmos moral et humain. Ce ciel grec illustre aussi de façon frappante, le rapport constant, voire la complicité existant en Grèce ancienne entre deux démarches intellectuelles, celle du poète et celle de l’astronome et astrologue travaillant de concert à établir l’ordonnancement du monde et son occulte unité.

 

 

Indications bibliographiques

  • Sources antiques

Aratos (IV-III av. J.C.) : Phénomènes, J. Martin, 1954, Florence ; Phénomènes, J. Martin, édition revue et augmentée d’un appareil critique extrêmement développé, Belles Lettres), 1998, Paris.

Avienus (IV ap. J.C.) : Les Phénomènes d’Aratos, J. Soubiran, 1981, Paris.

Eudoxe de Cnide (IV av. J.C.) : Fragments, F Lasserre, 1966, Paris.

Hygin (I av. J.C.) : Astronomie, A. Le Bœuffle, 1983, Paris.

Fables, H.J. Rose, 1933, Leiden.

Ptolémée (II ap. J.C.) Syntaxe mathématique, (livre VI & VII), J. L. Heiberg, 1898-1903, Leipzig.,

La Tétrabible, F. Boll et A. Bauer, Leipzig 1957.

 

  • Monographies et articles

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1929 : Les religions orientales sous l’empire romain, Paris.

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[1] Ce qu’on appelle la “ rétrogradation ” des planètes.

[2] Rep.530b-c.

[3]  Voir à ce sujet  M. P. Lerner, Le Monde des Sphères, Paris , 1996, chap. III.

[4] Aratos, Phénomènes, 373-382

[5] Le nom de Zeus (Dia) signigie la lumière (cf. diurne)

[6] Eratosthène, Catastérismes, §30

[7] Traité d’Amenopeh intitulé Onomastikon.

[8]  Tétrabible, chap. 12

[9] Catastérismes, notice 14.

[10] P. G. M. Diabolê à Artémis, IV, 2520-2621).

[11] Catastérismes, notice 12.

[12] Hymnes orphiques (12,11-12).

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